Un avenir biologique respecte le passé

J’ai beaucoup de chance d’appartenir à une communauté aussi incroyable de gens passionnés par la santé et la durabilité. Il m’arrive cependant de croiser des sceptiques qui se méfient énormément des tendances nutritionnelles. Le genre qui affirme d’emblée : « mon grand-père fumait et mangeait du steak et des œufs tous les matins, et il a vécu jusqu’à 103 ans », ou « nos parents n’ont jamais eu besoin d’aliments biologiques ». Pour moi, ces déclarations illustrent la croyance très répandue selon laquelle la nourriture que nous consommons n’a essentiellement pas changé, alors qu’en réalité, chaque aliment que nous mangeons, des céréales au fromage en passant par la confiture, a évolué dans le système alimentaire industriel actuel et renferme aujourd’hui des ingrédients qui sont très différents de ceux que nos ancêtres ont consommé jusqu’à un âge avancé.

De nos jours, nous fabriquons du sucre à partir de maïs, utilisons des protéines hydrolysées pour chatouiller nos papilles et imbibons nos cultures d’une quantité toujours plus grande de produits chimiques. Selon une étude de 2012, les 16 premières années de culture d’organismes génétiquement modifiés aux États-Unis se sont accompagnées d’une utilisation accrue de pesticides et d’herbicides : 183 millions de kilogrammes supplémentaires dans le cas des pesticides et 239 millions de kilogrammes dans celui des herbicides. Je donne souvent la même réponse quand on me demande d’où vient notre intérêt relativement récent pour la santé et l’environnement : il relève à la fois d’une nécessité et d’un égard pour certains concepts très anciens quant à la façon de nous nourrir sur cette planète.

Les raisons qui me font opter pour le bio ont autant à voir avec le passé qu’avec l’avenir. Plus la recherche en matière de nutrition se raffine, mieux nous pouvons entrer dans les détails de ce qui est bon pour notre organisme. Dans bien des cas, les études modernes menées depuis des décennies ont fini par prouver que nos grands-parents et nos arrière-grands-parents étaient sur la bonne voie : cultiver en symbiose avec la terre et apprécier les fruits de la récolte, préparés simplement.

En se dissociant de la tradition de la culture des aliments, notre société moderne s’est égarée, pour se retrouver au cœur de la pire épidémie de maladies chroniques qu’elle n’ait jamais connue. Mes grands-parents avaient un immense potager et pouvaient préparer tous leurs repas à partir d’ingrédients frais, sans pour autant négliger leur emploi et leur ménage. Ils utilisaient certes des herbicides à l’occasion, mais ils ne saturaient pas leur potager de produits chimiques incessamment et sans raison. Ainsi, mes parents ont grandi en mangeant des aliments cultivés derrière la maison, préparés simplement et avec amour. De mon côté, j’ai grandi plus loin des sources de nourriture, puisque nous n’avions pas d’espace pour un potager, mais je n’ai consommé aucun OGM avant la fin de l’adolescence, alors que j’avais essentiellement fini de grandir. Mon propre fils ne pourra en dire autant, malgré tous nos efforts pour acheter exclusivement des produits biologiques.

Notre espèce repousse sans cesse les limites de ce que nous croyons possible. Pourtant, au bout du compte, la technologie et le génie humain restent entièrement dépendants de l’alimentation des fonctions métaboliques fondamentales de notre organisme. Pour les nourrir correctement, nous devons avoir accès à des sources de nourriture sécuritaires et durables. Que vient faire le bio là-dedans? Pendant des millénaires, l’espèce humaine a survécu grâce à une production alimentaire bien pensée, sans apport de produits chimiques. Et le problème va plus loin que notre propre exposition quotidienne à ces substances : au-delà du gouffre qui sépare la production alimentaire de notre vie quotidienne, nous pensons rarement à ceux et celles dont le dur labeur sert à nous nourrir, et aux effets d’une exposition aiguë aux substances chimiques sur leur organisme. Le choix d’une alimentation biologique est à la fois un geste en faveur des personnes qui cultivent nos aliments et un investissement dans un avenir plus sain.

 

Pour en savoir plus :

Benbrook, Charles M. « Impacts of genetically engineered crops on pesticide use in the US–the first sixteen years », Environnemental Sciences Europe, vol. 24, no 1 (2012), p. 1-13.

Curl, Cynthia L., et al. « Estimating Pesticide Exposure from Dietary Intake and Organic Food Choices: The Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis (MESA) », Environ Health Perspect (2015).

Curl, Cynthia L., Richard A. Fenske, et Kai Elgethun. « Organophosphorus pesticide exposure of urban and suburban preschool children with organic and conventional diets », Environmental health perspectives, vol. 111, no 3 (2003), p. 377.

Mills, Paul K., et Shelia Hoar Zahm. « Organophosphate pesticide residues in urine of farmworkers and their children in Fresno County, California », American journal of industrial medicine, vol. 40, no 5 (2001), p. 571-577.

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