Le véritable coût des aliments traditionnels comparé à celui des aliments biologiques

J’ai été propriétaire d’une petite ferme pendant quelques années. J’avais un terrain d’une demi-acre sur lequel je faisais pousser des légumes. J’aimais le travail de ferme. Mon mari m’aidait et mes parents nous donnaient souvent un coup de main. C’était comme un défi pour moi, je voulais voir ce que j’étais capable de faire. J’ai commencé à semer mes premières cultures en janvier, puis j’ai passé des mois à préparer les couches, à planifier les rotations, à planter des pousses et à construire des treillis. J’arrivais à peine à garder le contrôle des mauvaises herbes qui menaçaient de tout envahir. Tout ça, sans faire une cent de profit.

Ce n’est qu’en juin que j’ai fait ma première vente. Nous étions fiers d’offrir notre laitue, nos fines herbes, nos feuilles de moutarde et notre chou frisé au marché, et nous en avons vendu pour 200 $. La semaine suivante, j’ai aussi apporté des légumes-racines : des radis « déjeuner français », avec leurs belles pointes blanches, et des carottes « nantaises écarlates », avec leur forme droite et élancée et leur couleur orange foncé. J’étais fière de mes récoltes, car j’avais travaillé fort pour les obtenir. J’avais passé les deux derniers mois à éclaircir les plants et à enlever les mauvaises herbes dans chaque rangée, encore et encore. J’ai étiqueté les bottes à 3 $ chacune en me disant que c’était du vol, car leur véritable coût était presque impossible à calculer.

Ce jour-là, la deuxième cliente qui m’a acheté une botte de radis s’est exclamée : « Trois dollars! C’est beaucoup trop cher pour des radis! » J’ai compris ce qu’elle voulait dire (une botte de radis d’apparence similaire au magasin coûte 0,69 $), mais je voulais lui dire que ces radis étaient différents, qu’à 3 $ je les vendais au rabais et que je ne faisais aucun profit. Au lieu de cela, j’ai souri et j’ai dit : « Vous n’y avez pas goûté encore! » Elle m’a regardé d’un air sceptique, et les a achetés.

Même si les paroles de cette cliente m’ont un peu blessée, j’ai compris sa réaction, car j’ai la même chaque fois que je vais dans un marché fermier. Même aujourd’hui, après avoir cultivé des aliments pendant des années (et après avoir vu tout le travail et les sacrifices que cela exige) et après avoir géré un marché fermier pendant sept ans, je regarde toujours le prix en premier, et non le véritable coût ou la valeur du produit. Même si c’est mon choix d’aller dans un marché fermier, je dois toujours me rappeler les raisons pour lesquelles j’accepte de payer plus cher.

 

Quel est le véritable coût des aliments?

À part le coût de la main-d’œuvre et du matériel et les coûts indirects, qui sont habituellement inclus au prix, les coûts pour l’environnement, la santé et le bien-être collectif viennent rapidement compliquer l’équation. Des organismes sans but lucratif comme Food Tank et Sustainable Food Trust cherchent des façons de quantifier ces coûts, d’une part pour montrer que le calcul utilisé pour fixer le prix des aliments produits par l’agriculture traditionnelle est déficient, et d’autre part pour illustrer la valeur d’un système de production durable pour le consommateur, qui revient beaucoup moins cher au final selon eux.

Bref, le prix affiché à l’épicerie ne reflète pas tout à fait la réalité. Le prix des aliments fixé par les producteurs est souvent compensé par des subventions (directes ou indirectes) et leur calcul ne tient pas compte des autres coûts, qui ne seront pas assumés par le consommateur ou le producteur en fin de compte, mais par toute la société. Pour vous donner un exemple de la complexité du coût d’un aliment, voyez comment Mark Bittman calcule les coûts cachés d’un hamburger.

Dans son rapport de 2015 intitulé The Real Cost of Food, Food Tank révèle des faits qui font réfléchir concernant les coûts cachés des aliments. L’organisme y indique notamment que les faibles salaires des employés d’entreprises comme McDonald’s coûtent 135 milliards de dollars par année aux contribuables en programmes fédéraux d’aide financière, que les problèmes liés à l’obésité coûtent 2 mille milliards de dollars en soins de santé à l’échelle de la planète, et que l’érosion causée par l’agriculture coûte 500 milliards de dollars chaque année dans le monde.

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Red boots in the garden

Une mauvaise entreprise

Dans sa conférence TED de 2010, Dan Barber, le chef du Blue Hill at Stone Barns à New York (récemment élu Meilleur restaurant en Amérique selon Eater), disait ceci à propos de l’agriculture industrielle moderne : « Nous devrions l’appeler ce qu’elle est : une entreprise en liquidation. » Le système agricole traditionnel fonctionne sans compte d’épargne et utilise trop de ressources pour créer un produit qu’il vend à prix réduit. Ce système, qui est né de la croyance que les ressources sont illimitées et qui fonctionne grâce aux subventions du gouvernement fédéral, essaie maintenant de devenir compétitif dans un marché présentant des contraintes qu’il a lui-même créées, notamment (et non la moindre) les prix artificiellement bas auxquels s’attendent les consommateurs.

La bonne nouvelle est que les systèmes d’agriculture durable permettent de produire des aliments comportant beaucoup moins de coûts cachés. Par conséquent, entre une botte de radis à 3 $ produite par un système qui continuera sans cesse de produire et d’améliorer ses radis et une botte de radis à 0,69 $ produite par un système qui pourra de moins en moins produire, il est clair que la deuxième option vous coûtera plus cher à long terme (surtout si vous aimez les radis).

 

Qu’allons-nous faire maintenant?

Vous pouvez aider à changer les choses. Pensez à ces coûts lorsque vous devez choisir entre un aliment plus cher produit par un système durable et un aliment plus abordable produit par le système industriel. Mieux encore, achetez directement des producteurs lorsque vous le pouvez, que ce soit les légumes d’une ASC (agriculture soutenue par la communauté), d’un marché fermier ou même de l’épicerie.

Lorsque je suis face à deux produits côte à côte sur l’étagère et que le produit biologique coûte quelques dollars de plus que le produit traditionnel, je me pose cette question : « Suis-je prête à donner 2 $ aujourd’hui à un organisme qui encourage la conservation de la terre et de l’eau, de l’habitat des pollinisateurs et de la faune, et de la diversité des espèces? » Si la réponse ce jour-là est « oui » (et c’est presque toujours le cas), je suis heureuse de payer un peu plus.

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